Ils étaient enfin parvenus à fouler la Terre des Étoiles. Celle que tant d’autres avant eux avaient tentés d’atteindre, de toucher, de ressentir, brûlant leur âmes, assoiffée et impure. 

Car il en va d’écouter les sens enfouis. L’Essence. 

Ils leur fallu un temps pour ne pas céder à la tentation céleste. Transcender le Monde, se laisser traverser par les éléments, garder ce contact entre terre et ciel. Rester humble. Vrai. Sage. 

 

Car les deux forces ne font en fait qu’un seul et unique Royaume. 

Et le ciel et la terre ne vivent pas pour eux mêmes. Là est le secret de leur éternité. 

 

Arrivés alors aux portes de la transcendance, ils sentirent ensembles la vie danser et chanter, jaillir des entrailles du Sol, tournoyant vers l’Univers, vers l’Infini. 

Métempsycose des âmes, ils furent projetés dans les airs en d’innombrables gouttelettes. Étoiles pleuvant sur les créatures immaculées, pénétrant dans les corps. 

Nirvana. 

 

Les yeux du Ciel furent dorénavant rendus à l’Univers. 

 

Et s’ils étaient entrés en nous, s’il suffisait d’apprendre à regarder à travers eux. Amener la perfection spirituelle sur le plan matériel. Alchimie du regard. Alchimie des sens. 

Regarder avec les yeux du coeur, étoiles du Monde habitant nos êtres. 

 

 

« On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux » (Le Petit Prince, St Exupéry) 

Le silence du Gré. 

 

 

Mais mon âme est enfance, et je me sens si abstraction face à la ferveur de ces formes intactes. Intangibles. Perceptibles. 

Ces millions de visages sans lois, 

Paysages de maux muets, 

Je ne peux qu’écouter la générosité de ce message lointain.

Sagesse de l’Âme du Monde détenue dans chaque inspirations.

 

Félure. Usure. Ouverture. 

Chaque vibration creuse en moi un relâchement de la conscience. 

Mes gestes s’épurent, se cristallisent. S’éternisent. 

 

Je fends alors de mes pas l’air instable de ce Monde minéral, souffle de lucarnes rocailleuses, ambulantes. 

Immobilité mouvante. Je sais que la conscience collective se trouve là. En ces roches transparentes de savoir. 

Car leur mue est mot. Elles sont semeuses de la parole sacrée. 

Errance de l’Essence. 

Sens. 

La force première de la Vie se concentre en chacune de leur présence. 

 

Les pierres sauvages recèlent de Vérités ancestrales. 

 

Devant moi est la mémoire du Monde. 

Et la fouler de mon corps est un déchiffrement constant, immanent, poétique. 

Symphonique. 

Frénétique.

C’était le commencement d’une histoire. 

Celle qui raconte tout et ne s’accroche à rien. 

Avant l’apparition du Tout. 

Avant même la percée de l’Univers. 

 

L’Origine. 

Lorsque l’Âme du Monde n’était pas encore enfouie, lorsqu’elle parcourait alors les cieux de ses mouvements sismiques, de l’Histoire à venir, à construire, à batir. 

 

Voici la Source. Monde d’idées qui viennent de loin, d’une contrée que seul le langage du Monde peut nous exprimer.

Quand les ondes telluriques résonnent, cette Âme créatrice a à nous parler, à nous enseigner. 

Ecoutons donc le langage du Desert. Nourrisseur, Bienfaiteur, Salvateur. 

 

Car la Mère de toutes les mères est là. 

Celle qui guide et protège.

Debout, face à la Création. 

A sa Création. 

 

Alors elle s’enracine pour toucher le Cosmos, offrir à ce Monde l’énergie du Yin. Offrir sa Bonté, sa Beauté. 

Incontrolable, Implacable, Admirable. 

 

Découle cette limpidité dans le déroulement. Mouvements d’expansion et de résorption de l’Univers, elle s’apprête à joindre son coeur au noeud ancestral. 

Esprit de la Lune, ferveur et union mystique, Oeil suprême de la Nuit qui voit l’imperceptible. Gardienne des êtres, gardienne du Monde. 

 

La possibilité du Grand Réveil, celui qui fend l’horizon de sa Clarté. 

Fécondité. Naissance.

Vérité.

Alors, ils s’immobilisèrent. Ensembles ils avaient senti la nécessiter de contempler. La Nature leur parlait. Inaudible, Imperceptible, Sensible. 

Ils crurent voir son Esprit apparaître, à moins que ce ne fût le passage d’un nuage, coloré par la vitalité de leurs coeurs. 

 

Il reste qu’ils entendirent à l’unisson son langage. 

Et qu’il était rempli de Sagesse. 

 

Elle leur expliqua qu’ils étaient semblables aux palmiers du désert, puisant leur essence dans les âmes enfouies des ancêtres. Que leurs coeurs recelaient toutes choses, qu’ils détenaient eux mêmes la Création, car ils en faisaient partis. 

Elle leur insuffla également qu’ils devaient constamment rester connectés aux deux pôles du Monde, Terre et Ciel, et que c’était pour cela que les palmiers du désert tendaient sans cesse leurs bras vers la voute céleste. Qu’ils captaient les secrets de l’Univers, pour les conduire à la terre et à ses créatures. 

Le Soleil se coucha, et avec lui la voix de la Nature s’essouffla. 

 

Un murmure ? Une Espérance ? Un détour ? Un de ceux qui nous porte et transporte. 

Ils avaient vu une explosion de Lumière, et cela seul valait déjà la peine d’être vécu. 

Ils nous restera ça. 

 

L’Émerveillement est la clef du Savoir. Ils étaient, sans s’en rendre compte, en train de toucher la Vérité du Monde. 

 

« Mais tu es dans le désert. Plonge toi donc plutôt dans le désert. Il sert à la compréhension du monde aussi bien que n’importe quelle autre chose sur terre. Tu n’as même pas besoin de comprendre le désert: il suffit de contempler un simple grain de sable, et tu verras en lui toutes les merveilles de la Création. 

       - Comment dois- je faire pour me plonger au sein du désert ? 

       - Écoute ton coeur. Il connait toute chose, parce qu’il vient de l’Âme du Monde, et qu’un jour il y retournera. » 

(L’Alchimiste, Paulo Coelho) 

Il s’agissait alors de regarder à contre-terre. Lever encore les yeux aux comètes. Percer les mystères des Montagnes, du Vent et des Mers. 

Traverser le bandeau des apparences, pour atteindre les Vérités et déchirer les Limites du matériel. 

 

Mais la Montagne était en eux. Dissimulée par la courbure de leur espace intérieur. Il fallait la trouver, l’observer, l’admirer, et la gravir, pour se rendre compte qu’elle était en réalité leur propre corps, leur propre être.  

 

Invisible à celui qui ne sait ressentir le cours du Soleil et l’Horloge Naturelle de l’Univers, elle ne devient accessible qu’à l’ouverture du coeur, à certains moments, à certains endroits, lorsque nous sommes prêts à pénétrer l’Hémisphère des terres.

 

Mais ils y étaient parvenus, et la vivacité du courant circulait à présent dans l’ensemble de leur membres, traversant leur os, jusqu’aux plus profondes particules de leur enveloppe. 

Accéder à ce contre-monde, que tend à masquer le ciel lui même. Rendre transparent l’Absolu. 

Là leur avait été données les paroles du Desert. 

 

 

 

« Il s’agit d’un anneau de courbure, plus ou moins large, impénétrable, qui, à une certaine distance, entoure le pays d’un rempart invisible, intangible; grâce auquel, en somme, tout se passe comme si le Mont Analogue n’existait pas. » (René Daumal, Le Mont Analogue

L’Ascension, 

celle par laquelle la descente vers les profondeurs de la Vie est nécessaire. Paradoxe merveilleux d’une envolée de l’âme. 

Plonger pour s’élever. Inspirer pour mieux expirer ensuite. 

 

Et si les choses commençaient par là. S’il suffisait d’aller en sens inverse de la direction finale pour y accéder ?

Regarde alors une dernière fois de là où ton coeur t’appelle, lui seul recèle les secrets des étoiles. Il est leur descendance. Et il redeviendra l’une d’elle au moment voulu. 

Redescendre sur Terre, y vivre l’expérience humaine, grandir, marcher et grandir. Il s’élèvera lui aussi de sa chute sismique, voyage initiatique.  

 

Je vois ces étoiles en vous, dans ce désert. Et je crois que c’est sans doute la raison pour laquelle l’air est si brulant. 

Le Desert a tant à nous dire. Vos regard semblent porter vers le vide. Mais leur sagesse n’a pas oublié que le plein se forme avant tout de ce vide. 

Lui seul est Créateur, et annonciateur de toutes les possibilités. 

Observer le vide est déjà création. 

Ascension.

 

 

« Les civilisations, dans leur mouvement naturel de dégénérescence, se meuvent de l’est à l’ouest. Pour revenir aux sources, on devait aller en sens inverse. » (René Daumal, Le Mont Analogue.) 

Alors elle arriva aux portes du Desert. 

« Il va falloir écouter son langage », lui avait soufflé le vent. 

Car il existe des langages en tout. Et les éléments de l’univers sont tous des mots qui ont à nous enseigner les merveilles des vérités universelles. 

 

Elle s’installa pour écouter les raisonnements de son coeur. Il vibrait. 

Il vibrait au rythme symphonique de l’écoulement du sable. Et elle sentait chaque grain lui traverser la peau et circuler en son corps pour lui montrer le chemin.

 

Ivre de mouvement, il dansait et virevoltait à présent en elle, prêt à déterrer et laisser découvrir le Secret de son âme, prêt à lui permettre de regarder son Temple, de toucher la mémoire ancestrale, l’Histoire du Monde. 

Car il provient de percevoir ta source pour la transcender. Et le sable est la semence du Ciel.

 

La porte était là, il ne restait plus qu’à pénétrer dans l’Âme du Monde. 

Mais cette âme était la sienne. 

 

 

 

«  Et le jeune homme se plongea dans l’Ame du Monde, et vit que l’Ame du Monde faisait partie de l’Ame de Dieu, et vit que l’Ame de Dieu était sa propre ame. 

Et qu’il pouvait dès lors, réaliser des miracles » 

(L’Alchimiste, Paulo Coelho) 

Il n’y avait là aucune forme de combat dans ce qu’il semblait être des mouvements de luttes. Car ce n’en étaient pas. 

Chacun de ses gestes étaient Paix. Et le sable se mit alors à tournoyer autour de son être, car il parlait le langage du Monde. Et il avait compris les sons de chaque éléments.

La danse devint symphonique, les mouvements de plus en plus circulaires, en adéquation totale avec la construction de l’Univers. 

Quand son Souffle lui même accompagna la ronde pour faire corps avec le Vent. 

Il devint Vent, Sable, Air. 

Et c’est alors que son sang, dans un renouvellement mystique, fût semblable à l’eau de vie juxtaposant air et terre, âme et esprit, Yin et Yang. 

Acceptant la puissance du courant, l’accueillant en lui pour apprendre à nager avec elle. La douceur rejoint alors la force, clef de la persévérance de celui qui désir élever son âme.

Il était devenu rivière. Source et liaison des forces naturelles créatrices. 

Harmonie. 

« Parfois un homme se soumet en son cœur, soumet le visible au voyant et il cherche à revenir à son origine. » 

(René Daumal, Le Mont Analogue.)

« Ici même j’ai grandi, au bord de ce désert, 

Je recèle ses secrets,

Innombrables. 

Origine. 

Je suis Yggdrasil, Temple du savoir, Arbre millénaire. » 

Ces mots chuchotés par le langage du Monde irradièrent en moi comme une possibilité universelle de transcender l’Univers.

Sagesse immanente révélée.

 

J’approchai son buste, y posa délicatement mon oreille, embrassant ses divines écailles de mes bras tremblants. Quand j’entendis alors pour la première fois le Souffle de la Terre. 

Le Monde respirait devant moi, et je touchais son Coeur. 

Son parfum était Univers, quand il murmura: 

« Cette terre et ce sable sont ceux de tes ancêtres. 

Et chaque grain que tu frôles est un morceau de leur âme donné au Monde. À sa descendance. 

Apprends à déchiffrer leur douceur, apprends à observer l’Histoire de ton espèce, tu seras alors acteur de ta contemplation » 

 

Et dans un vacarme fracassant, l’Oeil ultime du Cosmos a jailli de son tronc percé.

C’est alors que mon corps devint Arc-en-Ciel, canal rejoignant Terrestre et Céleste. 

Pied ancrés dans la terre, main tournée vers les cieux, je suis vivante. 

Ainsi pour un instant je devins l’esprit de l’oiseau, frôlant l’Un et le Tout de mes ailes devenues firmament. 

Insertion dynamique dans le Cosmos. Je fût cette Providence. 

Les deux forces se fondant en trio, quand l’unité appelle. 

 

 

 

« L’Univers est fait en une langue que tout le monde peut entendre, mais que l’on a oublié » 

(L’Alchimiste, Paulo Coelho) 

Innocents de leur Beauté, ils ne remarquèrent pas immédiatement ce qui était en train de se produire. Car leurs Âmes étaient pures, venues des profondeurs sablonneuses et rocailleuses du Temps. Mandala de lucarnes phosphorescentes, ils brillaient de l’Amour universel qu’ils portaient sur chaque particules qu’ils touchaient. 

Ils étaient Anges. 

 

L’Aura divine étaient en train de se dévoiler. Et avec elle la naissance des possibilités universelles. L’impossible devenait de plus en plus vide. 

 

Joignant leurs coeurs et leurs mains dans le noeud ancestral, ils étaient en réalité parvenus à faire renaître la Lumière du Monde. Et elle était dorénavant prête à répandre sa lueur sur l’Humanité. 

S’élevant vers le Ciel en un amas de rayons d’espérance, l’Âme du Monde, dans la brume sensationnelle du désert, s’élança. 

 

Un élan d’Amour jaillit de leurs coeurs ce soir là, et l’Énergie inconditionnelle qu’ils donnaient fût sans doute l’unique raison de ce phénomène majestueux. 

Leurs prières étaient sans paroles, elles ne demandaient rien, elles étaient simplement gratitude et reconnaissance. 

Là étaient sans doute le secret de leur grandeur. 

 

 

 

« Car la lumière est le commencement du commencement, et c’est elle qui met en lumière tout le reste. » 

© 2017 MARIE LAURENT. All rights reserved. 

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